Le Zona ophtalmique

Le Zona est une affection d’origine virale, pouvant toucher plusieurs organes dont les yeux, avec des conséquences plus ou moins graves et des séquelles possibles. Ses manifestations sont principalement cutanées, concernant la peau du dos, du thorax, du bas de l’abdomen, du cou, des parties génitales, et du visage. Les atteintes oculaires et cérébrales du Zona surviennent surtout chez des patients immunodéprimés. Contrairement à l’Herpès oculaire qui est fréquent, touchant une population jeune, le Zona ophtalmique est plus rare, et souvent plus sévère, affectant une population plus âgée.

Une affection d’origine virale

Le Zona correspond à une réactivation du virus de la varicelle, le Varicella Zoster Virus (VZV), qui fait partie du groupe des Herpesviridae. On estime en France à plus de 95% les adultes qui ont contracté la varicelle dans l’enfance, donc porteurs du VZV. La contamination se fait par inhalation (par voie respiratoire) des gouttelettes de salive d’un enfant atteint de varicelle (et non en touchant sa peau) ! Par la suite, le VZV se dissémine dans les voies respiratoires, puis passe dans le sang et le système lymphatique, ce qui lui permet d’atteindre tous les organes, notamment la peau où il va s’exprimer par les fameuses vésicules et papules varicelleuses. Après l’épisode de varicelle qui ne survient qu’une fois au cours de la vie, le VZV reste néanmoins dans l’organisme à l’état latent. Et puis un jour, dans certaines circonstances, le VZV va se réactiver et se propager en suivant le trajet d’un nerf, ce qui va occasionner une éruption cutanée en regard de la zone du corps parcourue par ce nerf : d’où le nom de « Zona ». Les principaux facteurs de risque de réactivation du VZV (donc de survenue d’un Zona) sont : une baisse importante des défenses immunitaires, un traumatisme sévère et un âge avancé. En effet, on estime qu’après l’âge de 80 ans, plus de 50% des patients ayant fait une varicelle dans l’enfance vont développer un zona.

Selon les études, 7 à 25 % des poussées de Zona sont des Zonas ophtalmiques : le virus réactivé se propage en suivant le nerf ophtalmique, qui parcourt le cuir chevelu, le front et la surface de l’œil. Il en résulte donc une éruption cutanée vésiculo-croûteuse et douloureuse, au niveau du front et de la paupière supérieure, qui s’accompagne d’une atteinte oculaire (inflammation de la surface ou de l’intérieur de l’œil) dans 50 à 70% des cas. Il peut donc y avoir des cas de Zona ophtalmique avec atteinte uniquement cutanée ou uniquement oculaire. Le Zona ophtalmique ne touche qu’un seul nerf ophtalmique à la fois (le gauche ou le droit) : l’éruption ne concerne donc qu’une moitié du cuir chevelu, du front ainsi que l’œil du même côté.

A la différence de l’herpès oculaire qui peut récidiver plusieurs fois au niveau du même œil, avec une régression complète des symptômes entre ces épisodes, le zona ophtalmique survient généralement une seule fois sur un des deux nerfs ophtalmiques, mais avec des symptômes qui peuvent mettre longtemps à disparaître complètement (tendance à la chronicisation). De ce fait, le risque de séquelles est plus important, ce qui nécessite généralement un traitement pendant plusieurs semaines.


Hyperhémie (rougeur) sectorielle compatible avec une épisclérite zoostérienne


Oeil rouge, compatible avec le diagnostic de kératite, conjonctivite et uvéite zoostérienne.

Les formes du zona ophtalmique

Les symptômes du zona ophtalmique sont de trois types : cutanés, oculaires inflammatoires et neurologiques.

1/ Les lésions cutanées

Dans sa description la plus typique, le Zona ophtalmique commence par une atteinte cutanée, avec une douleur, une sensation de brûlure, suivie quelques jours après d’une rougeur et apparition de vésicules puis de croûtes sur le territoire du nerf ophtalmique. 

Les manifestations oculaires surviennent en général une à trois semaines après l’éruption cutanée. Les symptômes dépendent de la nature de l’atteinte oculaire associée, qui peut être une conjonctivite, une kératite superficielle ou profonde, une épisclérite, une uvéite antérieure ou postérieure avec nécrose rétinienne.

2/ La conjonctivite zoostérienne

Une conjonctivite, donnant un œil modérément rouge, peu douloureux avec des démangeaisons, et des sécrétions sales donnant un œil collé le matin au réveil. Cette conjonctivite ne touche qu’un seul œil.

3/ L’épisclérite zoostérienne

Une épisclérite, donnant une rougeur localisée de l’œil avec une douleur modérée et une gêne au mouvement des yeux.

4/ La kératite zoostérienne

  • La kératite superficielle est rare dans l’uvéite zoostérienne. Elle donne une rougeur oculaire localisée autour de la cornée (cercle périkératique), un larmoiemement, une douleur avec sensation de corps étranger sous la paupière lorsque l’on cligne des yeux et une photophobie (difficulté à supporter la lumière obligeant à garder les yeux fermés). La baisse d’acuité visuelle n’est pas constante.
  • Une kératite profonde, est plus typique du Zona ophtalmique. Elle est très souvent associée à une uvéite antérieure (on parle alors de kérato-uvéite), donnant un œil rouge, avec une douleur et une photophobie plus intenses que celles de la kératite superficielle. La baisse d’acuité visuelle est constante, et peut persister après la guérison en cas de cicatrice cornéenne.

5/ L’uvéite zoostérienne antérieure

L’uvéite antérieure peut être isolée, est l’atteinte oculaire la plus fréquente dans le Zona ophtalmique (53%), et donne les mêmes symptômes que la kérato-uvéite. La douleur peut être plus importante en raison de l’augmentation de la pression intra-oculaire qui l’accompagne.

6/ L’uvéite zoostérienne postérieure

L’uvéite postérieure zoostérienne est heureusement plus rare, mais constitue la forme la plus grave de l’atteinte zoostérienne de l’œil, puisqu’elle peut évoluer vers une nécrose rétinienne (perte de vitalité définitive de la rétine, qui aboutit à une baisse d’acuité visuelle sévère). Elle touche principalement le patient immunodéprimé, d’où une symptomatologie initiale qui est souvent peu bruyante, alors que les dégâts rétiniens sont considérables. Les patients atteints se plaignent de corps flottants (perception d’ombres ou de mouches volantes dans le champ de vision), de photophobie et de baisse d’acuité visuelle unilatérale. L’œil peut être rouge et douloureux, ou pas.

7/ Les manifestations neurologiques

Enfin le Zona ophtalmique peut donner des manifestations neurologiques, qui peuvent être une paralysie oculomotrice provoquant une diplopie (vision double) ou plus couramment, des douleurs chroniques du front et de la tête qui peuvent durer pendant plusieurs mois, même après la guérison de l’œil et de la peau : on parle de douleurs post zoostériennes.

La conduite à tenir en cas de zona ophtalmique

Le diagnostic de zona ophtalmique par le patient lui-même ou son médecin traitant est évident lorsque les symptômes oculaires surviennent dans un contexte où l’atteinte cutanée est typique. Comme pour l’herpès oculaire, le risque principal est l’aggravation de l’atteinte à cause d’un retard de traitement ou d’une auto-médication par le patient.

1/ L’automédication, risque de complications et retard de traitement

La surinfection bactérienne d’une kératite aboutit à un abcès de cornée, qui est plus long à traiter et peut laisser des cicatrices cornéennes à l’origine d’une baisse d’acuité visuelle définitive. Le retard de traitement peut conduire à une souffrance du nerf optique en cas d’augmentation de la pression intra-oculaire, ou peut occasionner des séquelles sur la cornée, l’iris, ou le cristallin responsables de l’altération de la qualité visuelle. Enfin, le patient doit absolument éviter de s’instiller un traitement de sa propre initiative sans l’avis de l’ophtalmologiste. L’instillation de collyres corticoïdes notamment est strictement contre-indiquée car peut aggraver une kératite superficielle zoostérienne.

2/ La place de la consultation d’ophtalmologie

La consultation ophtalmologique est obligatoire, et précisera exactement la nature de l’atteinte zoostérienne dans le but de prescrire un traitement adéquat, qui est différent selon l’atteinte du patient : comprimés anti-viraux, collyres cycloplégiques, pommade cicatrisante, collyre ou pommade corticoïdes. Les algies (douleurs) post zoostériennes nécessitent souvent la prescription d’antalgiques puissants de type anti-épileptiques. L’ophtalmologiste proposera ensuite un suivi régulier, qui est fondamental pour s’assurer de la bonne récupération visuelle. En cas de symptômes chroniques, le médecin pourra également proposer un traitement au long cours pour limiter le risque de séquelles.

Conclusion

Le zona ophtalmique est lié à la réactivation du VZV contracté dans l’enfance. Cette récurrence survient en général une fois dans la vie, à un âge avancé ou dans des conditions d’immunodépression. Les manifestations oculaires évoluent sur un mode subaigu ou chronique avec des atteintes pouvant menacer le pronostic visuel à moyen et long terme.

Le diagnostic précoce est aisé car l’atteinte cutanée est typique et précède l’atteinte oculaire, mais le traitement doit être prolongé afin d’éviter les séquelles, pourvoyeuses de baisse d’acuité visuelle. Le suivi régulier par l’ophtalmologiste est donc fondamental pour éviter les conséquences graves de cette affection.



Si vous présentez ces symptômes, il est possible de vous rendre en urgence au SOS Oeil où des consultations sans rendez-vous sont proposées 7 jours sur 7 de 8h à 22h.
La prise de rendez-vous au Centre ophtalmologique Paris 17 est également possible

CENTRE OPHTALMOLOGIQUE PARIS 17