L’Herpès Oculaire

Dendrite herpétique - Kératite herpétique
Dendrite herpétique sur une kératite herpétique

L’herpès est une affection d’origine virale, pouvant toucher plusieurs parties du corps dont les yeux, avec des conséquences plus ou moins graves. Ses manifestations concernent, selon la souche du virus, l’appareil génital, la bouche, la face, ou le cerveau dans les cas les plus graves. L’herpès oculaire constitue la première cause de cécité monoculaire d’origine infectieuse dans les pays développés. Les atteintes oculaires de l’herpès sont du même type que celles dues au zona ophtalmique car ce sont deux virus de la même famille. Cependant, l’herpès oculaire est plus fréquent et concerne des patients plus jeunes, tandis que le zona ophtalmique plus rare, touche plutôt les patients âgés ou immunodéprimés.

Une affection d’origine virale

Il existe deux souches du virus de l’Herpès. Herpes simplex de type 1 (HSV1) est la souche la plus fréquente, avec un tropisme oro-naso-facial : c’est HSV1 qui est impliqué dans l’atteinte oculaire. Le virus est généralement contracté dans l’enfance lors d’un premier épisode (primo-infection) qui passe le plus souvent inaperçu. Dans 6% des cas, cette primo-infection se manifeste par une gingivo-stomatite bénigne (vésicules et aphtes dans la bouche), qui guérit en quelques jours. Ensuite, le virus se loge dans un état latent dans l’organisme et le patient ne présente alors pas le moindre symptôme. Puis dans certaines circonstances au cours de la vie (fatigue, stress, affection intercurrente, insolation, fièvre, période pré-menstruelle ou baisse générale de l’immunité), le virus va se réactiver, provoquant une « poussée » qui va toucher les lèvres (herpès labial ou « bouton de fièvre »), les paupières, l’œil ou le cerveau. On estime entre 70 et 90% les adultes en France porteurs de HSV1. Cependant, l’infection n’est contagieuse que par contact direct avec la salive, les larmes, ou le « bouton de fièvre » d’une personne en poussée.

Herpes simplex de type 2 (HSV2), moins fréquent, a un tropisme plutôt génital. Il s’agit d’une affection sexuellement transmissible à la différence de HSV1. HSV2 n’est donc généralement pas impliqué dans les atteintes oculaires, et sa prévalence estimée en France est d’environ 15% à 20% dans la population adulte. Après la phase de contamination par un rapport sexuel non protégé avec un individu en poussée, les symptômes apparaissent dans un tiers des cas (vésicules douloureuses au niveau des parties génitales), le patient guérit sous traitement en une dizaine de jours. Par la suite, l’infection reste latente dans l’organisme et évolue par poussées récurrentes, déclenchées par les mêmes facteurs que HSV 1.

L’herpès oculaire est donc dû aux récurrences de HSV1, qui peut donner plusieurs atteintes différentes sur la paupière et l’œil : les symptômes vont donc varier en fonction de l’atteinte occasionnée. Néanmoins, la caractéristique commune des différents symptômes herpétiques est qu’ils évoluent par poussées récurrentes, et concernent toujours le même œil : avoir un herpès aux deux yeux est très rare (environ 1% des cas) !

Bouquet de vésicules de la paupière supérieure au cours d'une poussée d'herpès palpébral
Bouquet de vésicules de la paupière supérieure au cours d’une poussée d’herpès palpébral
Bouquet de vésicules des paupières supérieures et inférieures au cours d'une poussée d'herpès
Bouquet de vésicules des paupières supérieures et inférieures au cours d’une poussée d’herpès

Les formes d’herpès oculaire

1/ L’herpès palpébral

L’herpès palpébral occasionne des bouquets de petites vésicules blanches le plus souvent au coin interne de la paupière supérieure, accompagnées d’une douleur modérée, une sensation de brûlure et de démangeaisons. Il ne faut surtout pas gratter, au risque de les surinfecter par du staphylocoque doré (transformation en impétigo, voire cellulite palpébrale).

2/ La conjonctivite herpétique

La conjonctivite herpétique donne un œil modérément rouge, peu douloureux mais prurigineux (qui démange), avec des sécrétions sales et l’œil collé le matin. Cette conjonctivite, aux manifestations proches de celles de toute conjonctivite virale, ne touche cependant qu’un seul œil à la fois.

3/ La kératite herpétique

La kératite herpétique est de très loin la manifestation la plus fréquente de l’herpès oculaire. Il s’agit d’un kératite (sujet traité dans cet article) donnant une rougeur localisée autour de la cornée (cercle périkératique), un larmoiement, une douleur avec sensation de corps étranger sous la paupière supérieure lorsqu’on cligne des yeux, et une photophobie (difficulté à supporter la lumière obligeant à garder les yeux fermés). La baisse d’acuité visuelle n’est pas systématique. En cas de récidives fréquentes ou de kératites sévères, il peut persister des cicatrices cornéennes après les poussées, aboutissant à une baisse d’acuité visuelle définitive.

4/ L’uvéite antérieure herpétique

L’uvéite antérieure herpétique est une forme d’uvéite antérieure aigüe, sujet traité dans cet article. Elle peut être isolée ou associée à une kératite en même temps (on parle alors de kérato-uvéite), donnant généralement un œil dont la rougeur est plus marquée, avec une douleur et une photophobie plus intenses. La baisse d’acuité visuelle est quasiment systématique.

5/ L’uvéite postérieure herpétique

L’uvéite postérieure herpétique est heureusement plus rare, mais constitue la forme la plus grave de l’atteinte herpétique de l’œil, puisqu’elle peut évoluer vers une nécrose rétinienne (perte de vitalité définitive de la rétine, qui aboutit à une baisse d’acuité visuelle sévère). Les patients atteints se plaignent de corps flottants (perception d’ombres ou de mouches volantes dans le champ de vision), de photophobie et de baisse d’acuité visuelle unilatérale. L’œil peut être rouge et douloureux, ou pas. Les patients très immunodéprimés (SIDA) sont plus à risque, car ils ont une atteinte rétinienne plus sévère… mais peu de symptômes au départ, ce qui explique souvent un retard de diagnostic. En l’absence de traitement rapide, les uvéites postérieures peuvent atteindre l’autre œil.

Oeil rouge, compatible avec le diagnostic de kératite, conjonctivite et uvéite herpétique.
Oeil rouge, compatible avec le diagnostic de kératite, conjonctivite et uvéite herpétique.

La conduite à tenir en cas d’herpès oculaire

Le diagnostic ou la suspicion d’herpès oculaire par le patient lui-même sont aisés dans trois circonstances : constatations de vésicules sur les paupières, antécédent d’herpès sur le même œil, ou un œil rouge irrité concomitant à un bouton de fièvre. Le risque principal est l’aggravation de l’atteinte à cause d’un retard de traitement ou d’une auto-médication par le patient.

1/ L’automédication, risque de complications et retard de traitement

En effet, la surinfection bactérienne d’une paupière aboutit à un impétigo, voire une cellulite palpébrale (infection profonde de la paupière entière). La surinfection bactérienne d’une kératite aboutit à un abcès de cornée, qui est plus long à traiter et peut laisser des cicatrices cornéennes à l’origine d’une baisse d’acuité visuelle définitive. Le retard de traitement peut conduire à une souffrance du nerf optique en cas d’augmentation de la pression intra-oculaire, ou peut occasionner des séquelles sur la cornée, l’iris, ou le cristallin, responsables de l’altération de la qualité visuelle. Enfin, le patient doit absolument éviter de s’instiller un traitement de sa propre initiative sans l’avis de l’ophtalmologiste. L’instillation de collyres corticoïdes notamment est strictement contre-indiquée car peut aggraver une kératite superficielle herpétique.

2/ La place de la consultation d’ophtalmologie

La consultation ophtalmologique est obligatoire et précisera exactement la nature de l’atteinte herpétique dans le but de prescrire un traitement adéquat, qui est différent selon l’atteinte du patient : comprimés anti-herpétiques, collyres cycloplégiques, pommade cicatrisante, collyre ou pommade corticoïdes. L’ophtalmologiste proposera ensuite un suivi régulier, qui est fondamental pour s’assurer de la bonne récupération visuelle. En cas de récurrences fréquentes, le médecin pourra également proposer un traitement préventif pour limiter les symptômes de récidive.

Conclusion

L’herpès oculaire est une affection courante qui demeure à vie dans l’organisme, à l’état latent. Certaines circonstances conduisent à la survenue de récurrences plus ou moins fréquentes, avec des atteintes oculaires pouvant menacer le pronostic visuel à moyen et long terme.

Il convient d’être très attentif aux premiers symptômes, d’autant plus en cas d’antécédents personnels d’herpès. La consultation rapide de l’ophtalmologiste et le suivi régulier par celui-ci sont donc fondamentaux pour éviter les conséquences graves de cette affection.



3 commentaires sur « Oeil et herpès »

  1. Bonjour Docteur.
    Mon fils Yanis de 9 ans semble avoir, d’après les médecins qu’on a consulté, de l’herpès entre la joue et l’œil droits une à quatre fois par an et ceci depuis 4 à 5 ans.
    Depuis quelques temps il se siège au niveau de la paupière supérieure droite.
    Le traitement prescrit est l’ Aciclovir.
    Je vous envoie, Docteur, quelques photos que j’ai prises afin que vous me donniez votre diagnostic ainsi que la conduite à tenir.
    Vous remerciant d’avance.

    1. Bonjour,
      Difficile de se prononcer à distance.
      Cela étant, il est possible que votre fils souffre d’herpès récurrent.
      Si tel est le cas, au dela de 4 à 5 épisodes par an, ou de menaces pour la vision, un traitement au long court est effectivement prescrit, ce qui semble être le cas. Valaciclovir est habituellement le traitement de choix pour les herpès oculaires.
      Bon courage.

  2. Bjrs ma fille de 7 ans fait des crises herpès 4 à 5 fois par ans si c est pas plus bien sur a l l’oeil comment peut ton améliorer son quotidien car sa vue a baissé a chaque crise nous lui donnons zovirac 6 fois par jour pendant 10 jours

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