Lumière bleue, écrans et ophtalmologie


A l’heure d’internet et d’un monde connecté, l’utilisation des écrans est généralisée. Télétravail ou tout simplement travail, tablettes, smartphone, peu d’entre nous échappent à cette exposition. Faut-il la craindre ? Faut-il équiper ses verres de filtres ? Que faut-il en savoir ? Le Centre Ophtalmologique Paris 17 fait la lumière sur ce sujet.

La lumière bleue, qu’est-ce que c’est ?

1/ Lumière et lumière bleue

La lumière est constitué d’ondes électromagnétiques caractérisées par leur longueur d’onde. Plus la longueur d’onde est faible, plus l’onde est énergique. Le spectre visible par l’oeil humain se situe entre 400 nm (bleu violet) et 700 nm (rouge) environ. En dessous de 400 nm ce sont les ultra violet, rayons de haute énergie. Au delà de 700 nm, ce sont les infrarouges, de faible énergie.

Ondes électromagnétiques et lumière visible

La lumière bleue correspond au spectre visible proche des 400 nm. Elle est habituellement définie sur le plage de 380 à 500 nm environ. Il s’agit donc des longueurs d’onde visibles de plus haute énergie. Cette lumière est émise parmi l’ensemble du spectre solaire de façon physiologique.


2/ Aparté sur les U.V.

Il est interessant de signaler que le soleil émet également des rayonnements ultra-violets (de longueur d’onde comprise entre les rayons X et la lumière visible) de trois types selon leur longueur d’onde :

  • UV-A : 320-400 nm
  • UV-B : 280-320 nm
  • UV-C : 200-280 nm

Les UV-C n’atteignent jamais la surface terrestre. Les UVB sont, en très grande proportion, absorbés par l’ozone, et les UVA le sont très peu.


3/ Lumière bleue : fonctions principales

Participation à la vision des couleurs
Le bleu est une couleur essentielle du spectre puisque perçu directement par l’un des trois types cônes (photorécepteurs) présents dans notre rétine. Il constitue l’une des trois couleurs primaires qui permet ensuite la reconstitution de toutes les autres :

  • les cônes bleus contenant majoritairement de l’iodopsine « S » (400 nm à 500 nm avec un pic à 470 nm)
  • les cônes verts contenant majoritairement de l’iodopsine « M » (450 nm à 650 nm avec un pic à 530 nm)
  • les cônes rouges contenant majoritairement de l’iodopsine « L » (450 nm à 700 nm avec un pic à 600 nm)

Régulation du sommeil
La lumière bleue, émise par le soleil, joue un rôle important dans le cycle circadien. Elle contribue notamment à réguler notre sommeil.


4/ Emission artificielle de lumière bleue

Les sources lumineuses artificielles reproduisent chacune un spectre différent de celui du soleil, fonction de la technologie utilisée.

La problématique de la lumière bleue tient au fait que bien des écrans utilisent la technologie LED, qui émet un pic dans la lumière bleue, de haute énergie.

Risques médicaux d’une exposition à la lumière bleue

Nous avons vu précédemment que la lumière bleue, certes physiologique, se trouve être la lumière visible de plus haut niveau d’énergie, produite excessivement par les LED. Hors les écrans constituent une lumière directe que nous fixons (projection directe sur la macula) et utilisent pour la plupart cette technologie. La question est donc de savoir si la lumière bleue est véritablement toxique pour l’oeil humain et la discussion n’est pas tranchée.

1/ Fatigue visuelle

Le premier point concerne la fatigue visuelle souvent ressentie par les patients : « après une journée de travail sur écran, j’ai les yeux fatigués, qui piquent et qui pleurent ». Ce point, n’est probablement pas lié à la lumière bleue ! Il est plutôt lié à :

  • Proximité de l’écran, qui induit un effort d’accommodation (mise au point), fatiguant. Soulagé par verres de repos.
  • Intensité lumineuse, quelque fois trop élevée, qui n’a pas de lien avec la problématique de la lumière bleue.
  • Fixation de l’écran qui réduit le clignement, et l’irritation des yeux, parfois renforcé par les climatisations.
  • Concentration, fatigue, stress dans un contexte professionnel.

2/ Risques de Cataracte et DMLA

Les risques principaux d’une exposition excessive à la lumière bleue seraient la survenue précoce d’une cataracte ou bien d’une DMLA, car nous savons que les personnes exposées excessivement aux ultraviolets ont plus de risque de développer ces pathologies. D’un point de vue scientifique, à ce stade, il ne s’agit cependant que d’hypothèses. Même si des mécanismes physiologiques laissent à le penser, le résultat des études sur la question diverge.



Alors, filtres anti lumière bleue ou pas ?

1/ Qu’est ce que les filtres anti lumière bleue ?

Les filtres bleus sont des filtres ajoutés aux verres, qui réduisent la quantité de lumière bleue qui pénètre dans l’oeil. Ils ont pour principal effet notable de « jaunir » légèrement l’image (car le jaune est la couleur complémentaire du bleu et c’est ainsi que le filtre se manifeste). Certaines personnes décrivent une réduction de la fatigue visuelle grâce aux filtres bleus.

2/ Pour ou contre ? Les arguments.

Comme expliqué précédemment, la toxicité de la lumière bleue est probable, mais il ne s’agit à ce stade que d’une hypothèse en aucun cas démontrée. Il n’existe donc aucun consensus médical en faveur de la prescription de filtres anti lumière bleue (ni contre d’ailleurs). Des raisonnements de bon sens liés à la personnalité de chacun doivent donc prévaloir, selon la volonté ou non de mettre en application le principe de précaution ou non. Les éléments à prendre en considération dans le choix des filtres bleus sont les suivants :

  • Nous soulignons encore une fois le point évoqué au chapitre précédant. Les symptômes (fatigue visuelle, picotements, oeil rouge…) ressentis devant écran sont le plus souvent liés à une hypermétropie latente, soulagée davantage par des verres de repos (soulagement de l’accommodation liée à l’hypermétropie), que par une conséquence de l’exposition à la lumière bleue. Certaines personnes décrivent néanmoins une authentique réduction de ces symptômes après utilisation de filtres anti-lumières bleus.
  • Cataracte et DMLA. Il s’agit de maladies du sujet âgé dont l’exposition à la lumière bleue n’est pas un facteur de risque scientifiquement démontré. La chirurgie de la cataracte est un acte parfaitement maîtrisé. Le pronostic de la DMLA est plus sévère.
  • Les filtres anti lumière bleue rendent la vision plus jaunie.

A vous de choisir !


Comment mieux vivre et travailler avec les écrans ?

Pour se sentir bien derrière un écran, réduire les maux de tête, l’inconfort et les troubles posturaux, nous recommandons d’observer les règles suivantes :

  • De manière générale, le moniteur de votre ordinateur doit se situer à la hauteur de vos yeux, sauf si vous portez des verres progressifs.  Dans ce cas votre moniteur peut être positionné plus bas.
  • Conserver la distance la plus élevée possible entre les yeux et l’écran pour réduire l’effort d’accommodation. Il est conseillé de respecter une distance de 50 à 70 centimètres entre votre œil et l’écran.
  • Faire des pauses aussi souvent que possible. Lever les yeux et regarder au loin.
  • Eviter de travailler sur écran dans le noir. Un éclairage indirect peut soulager.
  • Pensez à baisser l’intensité de la lumière et à bien vous positionner devant votre écran. La posture est importante pour protéger vos yeux mais aussi pour éviter les troubles musculosquelettiques.

CENTRE OPHTALMOLOGIQUE PARIS 17